Le SNES FSU a dénoncé dès l’annonce de la réforme, le risque de voir le bac se transformer en examen-maison. La session de juin 2019 marquée par la grève de certains correcteurs, a confirmé à quel point le Ministère comptait s’asseoir sur les exigences qui ont été celles de cet examen, en manipulant massivement certains résultats, comme il l’avait fait en 2018 suite à l’affaire des calculatrices à Cambrai.

La mise en place des E3C (Epreuves Communes de Contrôle Continu) poursuit dans la même logique de dérive.

E3C : le bac version low-cost

Cet été, le Ministère a en effet publié une circulaire qui renvoie l’organisation de ces épreuves à l’échelon local.

"L’organisation des épreuves communes de contrôle continu relève de chaque établissement scolaire, les chefs d’établissement en déterminent les modalités, en cohérence avec les dates retenues pour la commission d’harmonisation académique. L’organisation de ces épreuves se fait, dans la mesure du possible, dans le cadre des emplois du temps normaux des élèves. Il est conseillé d’éviter la banalisation d’un ou plusieurs jours pour l’organisation des épreuves. En fonction des enseignements concernés, les épreuves peuvent être organisées à des moments différents (jours, semaines)." Note des service n°2019-110 du 23/07/2019

Le seul mécanisme de contrôle de ces épreuves, la banque nationale des sujets et son système d’harmonisation des notes, ne fonctionne toujours pas, à 3 mois des premières épreuves ! Que les difficultés soient techniques ou qu’elles traduisent des conflits au sein du Ministère ou des Inspections, cette banque de sujets s’annonce déjà comme une future usine à gaz. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage : ces cafouillages pourraient même servir de prétexte au passage à un contrôle continu total.

Les E3C ne concernent pour le mois de janvier que l’histoire-géographie, les langues vivantes et les mathématiques (en séries technologiques) mais elles s’appliqueront à quasiment toutes les autres disciplines lors de la session d’avril/mai, les élèves devant être évalués sur la spécialité qu’ils abandonneront.

E3C : ce qui ne passera pas !

Dans beaucoup d’établissements, les directions restent dans l’expectative et n’osent pas encore prendre de mesures sur leur organisation. Certaines chercheront sûrement à limiter la casse en comptant sur l’implication des collègues pour conserver à ces épreuves un semblant d’honnêteté et de sérieux. Mais nous ne pouvons pas nous retrouver dans cette mascarade :

Les « épreuves communes » n’auront rien de commun, elles étaient prévues pour varier d’un établissement à l’autre et maintenant, on nous apprend qu’elles pourront donc varier d’une classe à l’autre ! Ce que nous propose le Ministère, ce n’est ni plus ni moins que de faire passer aux élève un « gros DS », deux fois dans l’année, sur un programme de révisions un peu élargi.

Le choix des sujets se fera sous l’autorité du chef d’établissement et parmi une banque de sujets dont les libellés ne pourront être modifiés. Ces dispositions ouvrent la porte à de graves dérives managériales sur notre liberté pédagogique : pression sur les progressions, injonction au travail au même rythme, manipulation des notes.

Aucune garantie n’est apportée aux conditions de surveillance de ces épreuves puisqu’elles devront avoir lieu pendant les heures de cours (et seront donc surveillées par les enseignants de la classe). Sans banalisation des plages de cours, il n’y aura pas de moyens de surveillance supplémentaire pour envisager par exemple d’installer chaque candidat sur une table individuelle ce qui devrait être un minimum.

La numérisation des copies et leurs corrections dématérialisées sont censées répondre à l’exigence d’anonymat. Cette procédure-gadget masque mal la réalité de corrections qui se feront en interne, au mieux par échange de copies entre collègues quand cela sera possible. Par contre, la numérisation c’est l’assurance d’une pénibilité plus grande de notre travail de correction.

Aucune décharge n’est prévue pour faire les corrections dans de bonnes conditions, ce travail devra s’ajouter à nos préparations de cours, à notre emploi du temps face aux élèves et à notre travail de correction ordinaire puisque les notes d’E3C ne pourront pas être intégrées aux moyennes. Quant à la rémunération, rien ne garantit que l’administration respecte les décrets de 2012, comme le montrent les exemples des ECE en sciences expérimentales, et des ECA en langues vivantes, ou encore des différents CCF déjà en vigueur.

Nous sommes face à une stratégie du choc

Ce qui s’annonce avec les E3C trouve sa logique dans un plan d’attaque contre notre métier, notre statut et plus globalement contre les engagements d’une école démocratique et émancipatrice. Un bac au rabais pour une école au rabais, voilà l’esprit des réformes Blanquer ! Pour nous faire avaler une telle régression, le Ministère voudrait nous assommer. Les conditions difficiles de la rentrée, beaucoup de collègues devant préparer cette année deux voire trois nouveaux programmes, relèvent d’une véritable stratégie du choc. Mais à cela, nous ne saurons nous résigner.

Le SNES FSU agira pour le maintien d’un baccalauréat national

Le SNES FSU appelle les collègues à ne pas se laisser imposer par les directions d’établissement des solutions qui mettent en cause notre conception du métier et nos exigences pour le bac. Il est essentiel d’attirer l‘attention de tous et toutes sur toutes ces dérives possibles. La section académique du SNES FSU appelle donc à débattre, à informer les parents et les élèves et à communiquer sur les conditions de passages de ces épreuves.

Et nous appelons également les collègues à nous faire remonter tous les dysfonctionnements et passages en force qu’ils constateraient dans leur établissement.

A travers les prochaines mobilisations, elles ne manqueront pas, le SNES FSU pèsera pour exiger du Ministère la suppression des Epreuves communes dès janvier prochain. Les E3C doivent être reportées en juin sous forme d’épreuves finales, nationales, anonymes, et passées dans des conditions qui garantissent l’égalité de traitement des candidats et la valeur nationale du diplôme.