La tragicomédie de la réforme du lycée et du bac se poursuit sans entracte, avec Blanquer comme metteur en scène perdu dans le déni du désastre.
Rêvons que nous sommes en septembre 2021, en lycée, et que tout a changé. Les classes sont à 25 élèves maximum. Chaque discipline a pour chaque niveau des heures en demi-groupes : il y a enfin une grille nationale des dédoublements. Parcoursup n’existe plus, l’obtention du bac est la seule condition pour accéder à la fac. Le bac aussi a changé, finies les EC de premières et terminales, il est à nouveau composé uniquement d’épreuves nationales, terminales et anonymes.

Songe d’une nuit d’été
Lundi 7h45 : ouf, mes 23 photocopies de DS de 2nde ont été faites par le service reprographie, il faudra que je pense à déposer mon modèle à 10h pour les 12 élèves de terminale en accompagnement personnalisé de jeudi. Il faut aussi que je réfléchisse à mon activité pour les premières STI2D groupes A et B de mercredi et vendredi, je vais profiter du dédoublement pour approfondir mon dernier chapitre, certains ont eu un peu de mal à suivre en classe complète à 24 je crois... Peut-être en salle pupitre ? A 12 dans une salle de 18 PC, même si certains dysfonctionnent, ça devrait aller. L’année file vite, avec les épreuves de bac qui commencent mi-juin, l’année de terminale est intense.

La tempête
Réveille-toi ! Avec 194 suppressions de postes dans l’académie pour la rentrée 2021, les lycées perdent beaucoup d’heures dans leur dotation, nullement « compensées » par des HSA, contrairement à ce que clame le ministre, HSA que les enseignant.e.s ne peuvent de toute façon pas toutes absorber (1/3 seulement effectivement utilisées l’an dernier). De nombreux collègues vont voir leurs postes supprimés ou seront sur deux ou trois établissements. Et ce qui risque de peser le plus l’an prochain c’est l’absence totale de dédoublements : des cours uniquement en classes entières avec des classes à 32,33,35… Comme il n’y a pas de grilles horaires nationales de dédoublements par discipline et par niveau, cela permet à la hiérarchie d’opposer les disciplines les unes aux autres et de semer la zizanie. Si on ajoute la réduction de certains horaires disciplinaires, on voit que la réforme du lycée aboutit à une hausse du nombre de classes (donc d’élèves !) qu’un.e enseignant.e a en charge. La marge, fourre-tout de 12h en seconde et 8h en cycle terminal, ne parvient pas à satisfaire tous les besoins de dédoublements, d’AP, de maintien ou de création d’options, mettant ainsi en péril les LCA, les LVC, la diversité des enseignements optionnels de découverte en seconde, notamment technologiques, ce qui accélère l’étiolement de la voie technologique, surtout en STI2D et ST2S.

Comme il vous plaira
Et pourtant, nonobstant la rengaine thatchérienne reprise par nos gouvernements successifs depuis leur choix d’orientation néolibérale, il y a une alternative.
D’ailleurs, elle est en partie redécouverte par beaucoup de collègues de lycée en cette période de crise sanitaire : les classes à effectif raisonnable ! Un des paradoxes de la situation sanitaire, c’est qu’avec le passage en demi-jauge, beaucoup d’enseignant.e.s de lycée ont pu (re)découvrir le plaisir de travailler en demi-groupes ! Avoir une rentrée rêvée, ce serait possible, il suffirait d’y mettre les moyens. Le gouvernement a dépensé des milliards pour son plan de relance, qui a surtout relancé les profits des actionnaires et des grands groupes. Nous attendons toujours le plan de relance pour l’Education nationale et la fonction publique. Mais celui-là pour l’obtenir, il faudra compter sur nos luttes et nos mobilisations, et nous syndiquer !

Olivier Carraud et Sarah Chaudesaigues