Contre le virus de la réforme du lycée, vaccinons-nous !

Nous avions craint les pressions liées au contrôle continu. Nous étions en dessous de la réalité : le contrôle continu est définitivement un outil de management. Les chefs d’établissement multiplient les pressions par des rappels insistants à la « bienveillance » en ces temps de covid… et surtout, de Parcoursup. Ils ont observé à quel point l’avenir de nos élèves s’y joue à la roulette russe et à quel point les réunions d’harmonisation organisées en juin avaient tout de la mascarade en l’ab- sence d’épreuves terminales. Quel scoop ! Il ne fallait pas être grand clerc pour le prévoir ; le contrôle continu amplifie les inégalités. Et il faudrait compenser cet écueil en jouant sur les moyennes !? Tel chef suggère d’ajouter une note de participation ou de changer les coefficients, de regarder les notes obtenues dans les autres disciplines, et explique qu’il a regardé en détail les notes et les moyennes des collègues, se saisissant ainsi de la dernière circulaire covid du 6-11-20 : « le chef d’établissement veille à la régularité et à l’harmonisation des pratiques d’évaluations, notamment pour les disciplines évaluées aux examens dans le cadre du contrôle continu ».
Mais c’est oublier qu’en vertu de la hiérarchie des normes, cette circulaire n’en- terre pas la liberté pédagogique actée dans la loi d’orientation de 2005 : « Art. L. 912-1-1 -La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection. Le conseil pédagogique prévu à l’article L. 421-5 ne peut porter atteinte à cette liberté. » https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006525569/2015-09-09
Et bien sûr si les parents sont informés que les collègues doivent évaluer avec bienveillance, les contestations des élèves pleuvent ! Au fait, ce sont les élèves qui sont en contrôle continu ou les profs ?

Le covid a bon dos

Alors bien sûr , il est facile de jouer sur la corde sensible et de mettre en avant le covid pour faire passer ces « conseils » de bienveillance. Nous avons été les premiers à le dire comme nous avons été les premiers à dénoncer Parcoursup et la sélection généralisée. Cela fait partie de la réflexion que nous menons entre pairs, notamment de la même discipline. Mais il n’est pas question de se laisser dessaisir de cette spécificité de nos métiers ; c’est nous qui sommes face aux élèves, c’est nous qui les connaissons. Nous ne sommes pas là pour faire le SAV d’une réforme du lycée que nous avons contestée et il est assez savoureux de constater que les syndicats qui l’ont promue (le Snpden-UNSA) nous demandent d’en corriger les défauts.

La bienveillance*, parlons en !

Si tous ces décideurs étaient si bienveillants, ils réfléchiraient :
- dans l’urgence à aménager les programmes et les épreuves du bac (en juin !) et du DNB.
- sur le long terme à placer les élèves dans de bonnes situations d’apprentissage : groupes réduits, recrutement massif de collègues, créations de postes...
- A revenir à des épreuves terminales au bac et cesser la sélection à tout va dans le supérieur...
- A permettre à tous les collègues, profs, CPE, PSY-EN, AED, AESH... de faire leur métier correctement, de distinguer évaluation formative et certificative, de prendre le temps pour les élèves, par exemple en ne réduisant pas les conseils de classe à des réunions-croupions où il
n’est plus possible de discuter entre pairs.
Mais las ! ils n’ont à la bouche que contrats d’objectifs et autres chiffres. Mais nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des hommes et des femmes libres !

Odile Deverne

* cf. « La Bienveillance, cache-misère de la sélection sociale à l’école » par Clothilde Dozier & Samuel Dumoulin, Le Monde diplomatique, septembre 2019 : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/DOZIER/60366