17 novembre 2013

Le SNES dans l’Académie

Texte action adopté par la CAA du 15 novembre 2013

TEXTE ACTION CAA Lille

15 NOVEMBRE 2013

Contexte général

Depuis mai 2012, l’espoir qui a pu parfois être suscité par l’élection de F.Hollande n’en finit plus d’être déçu. Même si le contexte de crise économique s’est aggravé, pouvait-il en être autrement dans la mesure où les choix politiques du gouvernement confirment en partie ceux du précédent soit par continuité idéologique, soit par « contraintes » (non remises en cause) venant de l’extérieur, notamment par le choix de l’austérité fait par l’Union Européenne ?

Un mouvement de contestation s’amorce à partir de la Bretagne, mais il associe des partenaires aux intérêts divergents, voire opposés, avec au final un risque de dérive anti-fiscale et de poussée populiste et ultra-libérale qui se fera au détriment des travailleurs et au profit de l’extrême-droite. Les mobilisations organisées par la CGT, la FSU et Solidaires sur des bases syndicales liées aux suppressions d’emplois permettent de clarifier la situation ; d’autres régions continuent à subir des plans sociaux qui détruisent des milliers d’emplois (La Redoute à Lille), malgré les bénéfices substantiels des entreprises concernées, sans que des réponses ou des solutions satisfaisantes et à la hauteur de la situation soient envisagées par le gouvernement. Partout l’insatisfaction monte, s’amplifie au moindre événement, la courbe de popularité du président n’étant qu’un épiphénomène présageant sans doute un revers politique d’ampleur dans quelques mois, lors des élections municipales et européennes qui deviendront les exutoires des mécontentements.

La Fonction publique n’échappe pas à ce contexte politique : la réforme des retraites, la MAP qui fait suite à la RGPP et qui se traduit par un redéploiement des moyens au profit de quelques ministères, avec cependant un bilan négatif en termes d’emplois (voir paragraphe Éducation nationale), le maintien du gel des salaires entrepris depuis 2009, les préconisations du rapport Pêcheur (qui pose un diagnostic partiellement partagé par la FSU, mais dont les réponses sont inacceptables : recours à l’intérim, primes pour les bas salaires plutôt que revalorisation indiciaire, fusion des corps, pouvoir accru des préfets …), mettent à jour une politique qui lamine les services publics en leur imposant les pratiques de management du privé et l’obligation de réduction des dépenses publiques, au détriment des personnels et des usagers, etc.

Éducation nationale et second degré

Le projet de budget prévoit 8804 créations d’emplois et des crédits en augmentation de 1,1 % mais il cache une diminution nette du nombre d’emplois publics de l’ordre de 2144. Cela ne permettra pas d’amélioration significative pour les personnels en raison du gel du point d’indice alors que le salaire net a diminué cette année encore.

Par ailleurs, les créations d’emploi vont être absorbées pour la plus grande part par le financement de la décharge de service des stagiaires à hauteur d’un mi-temps à la rentrée 2014. Il ne restera donc plus que 1200 emplois pour prendre en charge la hausse du nombre d’élèves. Dans ce cadre contraint, il n’est pas prévu de décharger les admissibles utilisés cette année comme contractuels à 6 h. Le SNES-FSU dénonce cette situation et exige l’alignement de leurs services de futurs stagiaires sur ceux des lauréats des concours 2014, à savoir un mi-temps leur permettant de recevoir une véritable formation professionnelle.

Le budget tel qu’il a été voté à l’Assemblée nationale met fin à la journée de carence à compter du 1er janvier 2014 : cette mesure injuste et vexatoire n’a abouti qu’à pénaliser encore davantage les personnels. Le SNES-FSU maintient la pression pour que l’abrogation soit effectivement votée par le Parlement et demander qu’elle soit généralisée aux non-titulaires et au secteur privé.

Les chantiers ministériels s’ouvrent sur l’éducation prioritaire, le collège et le métier d’enseignant (le ministère vient seulement de communiquer les dates sur le groupe de travail « métiers » du 18 au 26 novembre), celui des lycées devra aussi être rapidement abordé, mais le budget ferme déjà la porte à l’amélioration des conditions d’étude et d’encadrement des collégiens et des lycéens comme à celle de la rémunération et des conditions de travail des enseignants.

Le SNES-FSU devait lancer une campagne préalable sur tous ces points, afin de porter et populariser son projet auprès des personnels et se présenter comme force de proposition plutôt qu’apparaître uniquement dans la réaction aux annonces ministérielles. Dans le GT sur le métier d’enseignant, le SNES doit refuser tout projet d’annualisation mais aussi ne pas s’inscrire dans une démarche de réécriture de la liste des tâches à accomplir par les enseignants. Si nous savons que notre charge de travail s’est alourdie, la reconnaissance de l’ensemble des fonctions réalisées au quotidien en dehors des heures de cours hebdomadaires doit se traduire par un allègement de l’horaire de service.

Sur d’autres points, le SNES-FSU au mieux tarde à réagir, au pire n’entend pas les demandes des personnels et n’amène pas les syndiqué-e-s à s’impliquer et à construire des actions collectives permettant d’obtenir des avancées et des victoires, faute d’analyses et d’outils dont ils pourraient facilement s’emparer. Ce fut le cas pour l’action retraites à destination des parlementaires, la note de vie scolaire, la réforme de la voie technologique, le socle commun, et c’est le cas encore avec le non-respect de nos mandats sur la question des langues vivantes au bac, etc … et dernièrement le calendrier et la journée de « rattrapage ».

Cette absence de ligne politique lisible du SNES-FSU risque, aux yeux de nos collègues et à un an des élections professionnelles, d’apparaître comme un attentisme lié à la couleur politique du pouvoir issu des élections de 2012. Elle conduit à plusieurs conséquences :

- si la syndicalisation semble quantitativement mieux se porter cette année, il ne faut pas oublier la perte sèche subie depuis près de 10 ans. Les raisons de la désaffection syndicale sont sans doute multiples et complexes, mais il ne faut pas nier que ce facteur joue et le SNES-FSU doit aussi se maintenir qualitativement grâce à un réseau solide de militants actifs.

- les sections académiques sont régulièrement interpellées et, en l’absence d’informations et de consignes nationales claires, peuvent produire des réponses contradictoires ou simplement différentes (cf sur le rattrapage), ce qui est préjudiciable à la réussite de nos actions, à l’image de notre organisation et pourra être utilisé par nos concurrents. Le SNES-FSU doit être capable de consulter ses adhérents, d’organiser le débat en son sein, de construire des rapports de force avant de s’engager dans la négociation sur le statut des enseignants ; il en va de sa crédibilité mais aussi de son identité basée sur un fonctionnement démocratique.

Le SNES doit aussi davantage intervenir pour déterminer les orientations affichées par la FSU. La question des rythmes scolaires ne peut rester cantonnée à un aspect corporatiste traité uniquement par le SNUIPP et repris intégralement par la FSU. Cette question implique toute la société, a des conséquences sur les familles, renvoie à l’idée qu’on se fait de la responsabilité du service public d’éducation. Le SNES doit défendre sa conception de l’école : caractère national de l’Education qui relève de la responsabilité de l’État, refus de voir transférer encore plus de temps-élève aux communes ou aux associations au risque d’accroître les inégalités territoriales. L’absence d’engagement de la FSU dans la protestation qui monte contre les rythmes scolaires et qui va s’amplifier dans les mois à venir renforce le discours de ceux qui trouvent les organisations syndicales moins combatives quand la gauche est au pouvoir et peut avoir des conséquences désastreuses sur notre représentativité à un an des élections professionnelles.

L’approche des élections professionnelles et d’une campagne rude à mener rendent indispensable la nécessité de retrouver une orientation claire, volontariste, capable de fédérer et d’entraîner les personnels. La section académique de Lille demande avec gravité et responsabilité que le SNES au niveau national réaffirme enfin une position claire d’opposition au discours ministériel actuel (loi d’orientation, contre réformes maintenues, conditions de travail, annualisation, salaires). Le SNES-FSU ne peut attendre le congrès d’avril 2014 : il faut d’ores et déjà lancer la réflexion avec les syndiqué-e-s sur l’analyse de la situation générale (et pas seulement second degré) et les perspectives à venir.

Laïcité

La charte de la laïcité actuellement diffusée dans les établissements scolaires ne peut être interprétée comme un outil pour brider la parole des enseignants au cours de discussion entre personnels ni pour remettre en cause les contenus d’enseignement, ni la liberté philosophique et l’esprit critique enseigné aux élèves.

Action

Il faut :

- Refuser toute expérimentation d’échanges de services CM1 et 2 – 6e, même pour des actions ponctuelles (cf Poitiers)

- Interpeller le ministre suite au vote en CSE sur le calendrier afin qu’il tienne compte du résultat majoritaire, de même qu’il faut maintenir la pression sur les syndiqués et les personnels concernant l’annonce d’une rentrée fin août. Cela implique de poursuivre la mobilisation sur le 11 juin et d’envisager une grève le 29 août le cas échéant.

- Poursuivre l’information des collègues sur les enjeux du cycle CM1, CM2, 6e et sur la mise en place du conseil école-collège en expliquant la modification profonde de la nature du collège à laquelle nous devons continuer à nous opposer fermement (par le vote en CA du programme d’action du conseil école-collège notamment)

- Être prêt à organiser une riposte forte et à la hauteur des enjeux, en recourant à la grève nationale, avec toute la profession en cas de menace sur notre statut.

- Impulser une journée de grève dans la FP contre le blocage des salaires et portant des revendications en terme de temps et de conditions de travail, dans le cadre de la semaine d’action du 9 au 13/12

- Appeler à participer massivement aux rassemblements décidés par les organisations antiracistes et de défense des droits de l’Homme, pour dénoncer l’insupportable banalisation de l’injure raciste

- Appeler à participer à la manifestation contre l’extrême droite du 29 janvier

Pour 28, contre 0, abstention 0, RV 0