8 novembre 2015

Les personnels

Langues vivantes et réforme du collège : toutes les raisons du refus

On le sait depuis le début : les langues vivantes font particulièrement les frais de la réforme du collège. La Commission académique LV qui s’est tenue le 4 novembre a été l’occasion pour le SNES et la FSU de rappeler l’opposition de fond à cette réforme et de d’interpeller l’administration sur les pertes en horaire disciplinaire, sur les dégâts en terme de diversification ainsi que sur la situation, en particulier, des collègues de langues autres que l’anglais et l’espagnol. Le Se-Unsa quant à lui est uniquement intervenu pour rappeler son soutien à la réforme.

Au total, ce sont 274 sections euro de collège qui disparaissent avec la réforme dans l’académie : 180 en anglais, 39 en allemand, 45 en espagnol, 3 en néerlandais et 7 en italien. A raison de 4h par section, les pertes horaires sont lourdes et les économies de moyens réelles.

L’académie comptait 233 sections bilangues à la rentrée 2014. Seules 32 sections sont susceptibles de perdurer au titre des bilangues dites de continuité, dont 17 en néerlandais, 14 en allemand et 1 en espagnol et à condition que la demande soit étayée par les familles. Il est à noter que la situation est particulièrement déséquilibrée entre les deux départements puisque toutes sauf 2 sont dans le Nord. L’IA du Nord a également fait le choix de réimplanter de l’allemand dans 15 écoles en Education Prioritaire pour augmenter le potentiel de bilangues de continuité. Cela ne fera que très légèrement atténuer le fort recul de la diversité linguistique dans les collèges du Nord. Dans le Pas-de-Calais, rien de tel de toute façon pour l’Education Prioritaire. La perte de moyens est donc là aussi très conséquente pour l’ensemble des collèges de l’académie.

Enfin, toutes les LV1, autres que l’anglais, disparaissent et sont transformées en LV2 de facto.

Concrètement que se passe -t-il si la réforme est maintenue en l’état sans moyens spécifiques pour assurer une nouvelle offre linguistique ?

- 1er cas : un collège avec une LV1 autre qu’anglais (ex : allemand) et 2 LV2 (espagnol et anglais) :
Tous les élèves de LV1 sont désormais en anglais :
Donc perte de 4h+3h+3h+3h=13h pour l’allemand (en 5è, 4è et 3è) qui sont transformées en « fausse » LV2 à partir de la 5è : 7,5h. D’où perte de 6,5h.
Si ouverture d’une 5èLV2 allemand : +2,5h
Si ouverture d’une 4è LV2 allemand : +2,5h
Soit 1,5h de perte.
Les élèves qui étaient germanistes représentaient 6h d’anglais en LV2 qui disparaissent et ne se seront pas forcément retrouvées intégralement en heures de LV1 supplémentaires car possibilité de gonfler les « groupes » déjà existant.

- 2è cas : LV1 allemand et LV2 allemand existant à la rentrée 2015
13h de perte LV1 qui deviennent « fausses » LV2 : perte de 6,5h
1h de perte LV2
Si ouverture d’une « vraie « LV2 en 5è : +2,5h
Total perdu : 5h

- 3è cas : une section bilangue et une LV2 allemand
Les 12h d’allemand bilangue deviennent 7,5h de « fausse » LV2 : perte de 4,5h
Les 6h de LV2 deviennent 5h : perte d’une heure.
Si ouverture d’une " vraie " LV2 en 5è : +2,5
Total : perte de 2,5h

- 4è cas : une section bilangue allemand sans LV2
Les 12h de bilangue allemand deviennent 7,5. Perte sèche de 4,5h si pas de réouverture de LV2.
Si réouverture d’une 5è : +2,5h, soit au total une perte de 2h.
Si réouverture en 5è et en 4è :+5h et donc au total un gain de 0,5h (12,5 au lieu de 12h).
Il faut ajouter la perte éventuelle de 4h de section euro.

L’allemand et les collègues d’allemand sont bien dans une situation problématique. Qu’adviendra-t-il de la place de l’allemand dans le second degré mais aussi des échanges et à terme quelles conséquences plus larges au niveau de l’insertion professionnelle ou des relations internationales ?
Quel sort réservé aux professeurs d’allemand qui vont presque tous se retrouver en sous-service ?

Les exemples donnés pour l’allemand concernent également, selon les cas de figure, les autres langues : italien,néerlandais, russe, chinois.....

Pour l’anglais, la perte des heures d’enseignement est celle des 180 sections euro de l’académie et des LV2.

Enfin, pour l’espagnol, la situation se pose différemment mais pas avec une moindre acuité : ni le rectorat ni le ministère ne disposent des ressources humaines nécessaires à l’ouverture d’une 5è LV2 voire d’une nouvelle 4èLV2 dans chaque collège. Les effectifs des classes d’espagnol étant déjà souvent très lourds, les chefs d’établissement, faute de dotation suffisante, pourront être tentés de rassembler des « groupes », ce qui pourrait amener à des effectifs de plus de 30.

Cette réforme du collège est une mauvaise réforme. Pour de multiples raisons que nous avons développées depuis 8 mois. C’est aussi une mauvaise réforme car c’est un recul de l’offre de formation linguistique pour les élèves. Ce ne sont pas les EPI qui freineront cela. C’est enfin une mauvaise réforme pour les professeurs de langue qui se voient déposséder du sens de leur métier, de leur discipline, dans nombre de cas de leur poste, et enfin des projets d’ouverture à l’international qu’ils avaient pu mettre en place. Il est urgent que la Ministre prenne la mesure des choses et retire cette réforme. Il n’y a pas d’autre solution.

calv-declaration_fsu-nov_2015