6 février 2016

Le SNES dans l’Académie

Déclaration FSU au CDEN Nord du 4 février 2016

La partie "collège et SEGPA" est en gras, à la fin de la déclaration.

Quelques éléments de réponse à nos questions et interpellations :
- pour les inclusions imposées de manière descendante des élèves de SEGPA => ce n’est pas le concept de l’inclusion, pour être efficace, elle doit tenir compte des profils des élèves et doit se faire sur des projets avec les équipes des disciplines concernées.
- pour les CSD en allemand en primaire => uniquement sur la base du volontariat, toujours en attente d’un cadrage mais des CSD pourront être revus en CTSD (en mars) si des possibilités existent avec le primaire.


CDEN Nord du 4 février 2016 - Déclaration FSU (SNES - SNEP - SNUIPP)

A la prochaine rentrée de septembre 2016, alors que le département enregistre une baisse des effectifs de 1 300 élèves, le premier degré bénéficiera d’une dotation positive de 111 moyens. Après des années de suppressions de postes décidées malgré les difficultés que connait le Nord, cette dotation apportera une bouffée d’oxygène qui sera la bienvenue pour améliorer les conditions d’enseignement dans de nombreux secteurs. La FSU salue l’effort fait par le gouvernement, même si cet apport sera bien insuffisant pour répondre aux exigences de réussite scolaire pour tous les élèves de nos écoles.
Les caractéristiques de notre département sont connues et nous ont été rappelées lors du CDEN du 18 novembre 2015. Les zones à risques d’échec scolaire sont nombreuses et couvrent presque l’intégralité de notre territoire. Le département du Nord, en effet, cumule des fragilités familiales, sociales, économiques et culturelles qui impactent gravement les résultats des élèves et rendent plus compliquées les conditions d’enseignement pour les Professeurs. C’est pourquoi les efforts faits en direction de la jeunesse doivent s’inscrire dans la continuité. Le ministère de l’Education Nationale doit porter un projet ambitieux pour l’Ecole et doit concrétiser cette volonté par des moyens à la hauteur du défi à relever.
Les priorités que vous avez définies pour la répartition des moyens octroyés, pour nous, vont dans le bon sens. Elles font la part belle à des dispositifs qui, une fois pérennisés, amélioreront notablement le traitement social de la difficulté scolaire tout en favorisant un accompagnement efficace vers la résorption du retard accumulé ces dernières années. Ainsi, le dispositif « ¨plus de maîtres que de classes » qui est une revendication du SNUipp-FSU depuis sa création, la scolarisation des « tout petits » partout où les familles en font la demande, la formation continue des Professeurs des Ecoles, nous semblent être des axes primordiaux pour l’organisation scolaire du premier degré. Ces priorités nous les partageons et nous les soutenons tout en revendiquant qu’elles soient suffisamment abondées en postes. Enfin, l’implantation de 10 Unités Locales d’Intégration Scolaire dans des écoles hors REP permettra une meilleure répartition de la difficulté tout en favorisant la mixité sociale. Nous souscrivons à cette disposition.
Si nous nous satisfaisons des orientations prises, nous continuons de réclamer que les conditions dégradées de notre département fassent enfin l’objet d’un véritable « plan Marshall » pour l’éducation. Les conclusions de l’OCDE concernant l’organisation scolaire en France ne doivent pas rester lettre morte quand les choix politiques sont faits. Pour la FSU, en effet, il subsiste des sources d’inquiétude :
Cette année, 148 écoles devront repenser leur organisation pédagogique et revoir les projets mis en place en raison d’un retrait de moyen. Nous continuons de revendiquer que les fermetures de postes ne soient plus étroitement liées à une baisse des effectifs. Dans 16 écoles classées en REP+ et 30 écoles classées en REP, là où la difficulté est la plus grande et où il serait utile de baisser le nombre d’élèves par classe, les retraits de postes provoqueront un sentiment d’abandon pour les équipes enseignantes. Le SNUipp, syndicat du premier degré de la FSU, appelle tous les enseignants à signer la pétition réclamant l’amélioration des conditions d’exercice du métier. Tous les indicateurs sont au rouge lorsque l’on évoque le quotidien des enseignants dans leur classe, dans leur école, dans leur établissement, dans leur vie professionnelle qui, de plus en plus, déborde sur le temps personnel.
La situation des enfants des réfugiés actuellement présents à Grande-Synthe est symptomatique des dérives constatées lorsqu’il s’agit de respecter la charte des droits de l’enfant et la déclaration des droits de l’homme : près de 200 enfants sont actuellement soumis à des conditions de vie particulièrement dégradées tout en souffrant du manque de solutions pour leur scolarisation. Dans la commune de Grande Synthe, pas moins de 5 retraits d’emploi se feront à la rentrée de septembre !
La scolarisation des 2 ans n’est pas à la hauteur que nous souhaiterions. Beaucoup de « tout petits » se voient encore interdire l’accès à l’école maternelle faute de moyens. Dans trop de secteurs du département, les familles sont condamnées à devoir attendre que leur enfant ait atteint l’âge de 3 ans pour avoir la possibilité de le scolariser. D’ailleurs, dans les secteurs hors éducation prioritaire, pour répondre au manque de moyens, la prise en compte des inscriptions en TPS sont une variable d’ajustement pour décider d’une mesure de carte scolaire.
Beaucoup trop de RASED sont incomplets. La suppression de postes G semble inéluctable alors qu’au contraire, ils devraient être multipliés. Nous ne pouvons nous y résigner alors que les difficultés comportementales touchent de plus en plus d’élèves. La décision de ne pas transformer 4 postes G en E nous satisfait. Les difficultés affrontées par les PE. pour résoudre des problèmes de comportement sont en augmentation exponentielle et, bien souvent, les mesures mises en place sont inefficaces faute de pouvoir les pérenniser. Il est plus qu’urgent qu’un véritable dispositif d’aide soit institué pour accompagner nos collègues dans leur recherche de solutions. Aujourd’hui, il existe un véritable sentiment d’abandon dans le traitement de situations pour lesquelles l’école ne dispose d’aucune alternative.
Le nombre de Conseillers Pédagogiques dans les circonscriptions est insuffisant, en particulier dans les circonscriptions dans lesquelles il y a des écoles en Education Prioritaire. Dans ces circonscriptions, la charge de travail des CPC est nettement plus importante que dans les autres circonscriptions.
Les effectifs dans les classes demeurent trop élevés dans de nombreuses écoles. Ce ne sont pas moins de 30 écoles dans lesquelles la moyenne des élèves par classe sera supérieure à 29 élèves. L’école primaire doit bénéficier des mêmes conditions de scolarisation qu’ailleurs en Europe pour favoriser la réussite scolaire et le vivre ensemble. Pour cela, dès l’école maternelle, il faut baisser de manière significative le nombre d’élèves par classe. C’est une condition indispensable pour favoriser les interactions langagières avec notamment les « petits parleurs ». C’est aussi une condition pour diversifier les pratiques pédagogiques, se centrer davantage sur les apprentissages et donc moins sur la gestion du groupe, et assurer ainsi un meilleur suivi de la progression individuelle.
Le manque de remplaçants dans certaines circonscriptions entraine des dysfonctionnements dans les écoles et interrompt la continuité pédagogique. Répartir les élèves dans les classes a pour conséquence immédiate de gêner la scolarisation de tous les élèves de l’école. C’est aussi l’image de l’Ecole qui s’en trouve altérée. Les parents et leurs enfants ont droit à un Service Publique d’Education de qualité sur l’ensemble du territoire.
Nous nous sommes fermement opposés à la création de structures collégiales dans le premier degré lors du Comité Technique du vendredi 29 janvier. Il est impensable de laisser croire qu’une école primaire puisse scolariser 552 élèves répartis dans 25 classes. La FSU est attachée au respect d’une organisation pédagogique dans laquelle la cohérence et la notion d’équipe sont préservées. Nous refusons que les techniques de management, telles qu’elles peuvent être exposées lors des stages de formation continue des Directeurs, supplantent la notion d’équipe pédagogique au sein de laquelle chacun joue son rôle. L’école primaire doit conserver toutes ses particularités de proximité avec les familles et les partenaires locaux, tout en garantissant un accueil plus personnalisé des enfants et de leurs parents, ne serait-ce qu’en raison de l’âge des élèves. Nous avons donc appris avec beaucoup de satisfaction que la fusion prévue ne se ferait pas.
La SEGPA est une structure efficace qui a fait ses preuves depuis longtemps pour le traitement de la grande difficulté scolaire. Elle est une structure cohérente organisée sur 4 ans, avec ses professeurs des écoles spécialisés(e)s, ses professeurs de lycée professionnel, son directeur/directrice et des missions clairement définies par la circulaire 2015-176 de 2015. La baisse de 496 heures de la Dotation Horaire Globale de la SEGPA et le transfert d’une partie de cette dotation vers celle du collège est inacceptable. Avec l’argument de l’alignement de la nouvelle grille horaire, calquée sur celle des collèges, les SEGPA paient aussi le prix fort de la réforme du collège. Il est inadmissible de prendre à ceux qui en ont le plus besoin, des moyens qui permettent pourtant de réduire la grande difficulté scolaire. La FSU sera vigilante pour que les dotations horaires supplémentaires liées à la réforme du collège de 2,75 heures par division soient effectivement affectées à chaque division de la SEGPA. La difficulté scolaire n’est pas une variable d’ajustement économique.
Nous serons donc également très vigilants à ce que la nouvelle circulaire, en vigueur à la rentrée prochaine, ne soit pas surinterprétée et occasionne la mise en place de 6e inclusives déguisées. Son corollaire serait inévitablement plus de souffrances pour les élèves de SEGPA et une dégradation significative des conditions de travail de l’ensemble des élèves du collège, ainsi que des personnels d’enseignement non préparés et formés. Nous souhaiterions par ailleurs savoir quel est le cadrage départemental de la mise en application de cette circulaire.

Ce CDEN se réunit une semaine après la 5e journée nationale de mobilisation contre la réforme du collège qui a été un franc succès en termes de grévistes et de manifestations. Ce rejet de la réforme et des plans de formation-formatage est aussi devenu, après des mois de déni de réalité et de mépris, celui d’un ministère qui refuse non seulement de recevoir les représentants de l’intersyndicale nationale, mais fait preuve d’un degré d’incompétence rarement atteint. La FSU - avec l’intersyndicale - n’en restera pas là : de nouvelles mobilisations sont en préparation parce que les personnels n’acceptent pas et n’accepteront pas une réforme qui accroît les inégalités entre établissements et entre académies, qui favorise l’enseignement privé et enfin qui, en réduisant les heures d’enseignement, en s’attaquant aux disciplines et en faisant exploser le cadre national de l’Éducation au nom de l’autonomie, va pousser à l’échec et au décrochage des élèves les moins favorisés.
Les artifices utilisés pour tenter de calmer l’opposition dans les établissements n’y changent rien. En effet, contrairement à ce que les documents pourraient tenter de faire croire, la réforme du collège n’est pas source de moyens supplémentaires. Si la dotation globale est en hausse pour des effectifs relativement stables, c’est grâce à une part complémentaire gonflée à son maximum et financée par la suppression de 70 postes de remplacement au niveau académique, par la baisse des moyens réglementaires, par la baisse des dotations SEGPA et par la suppression des dispositifs académiques. Dans le Nord, 53% des sections bilangues disparaissent ainsi que 100% des sections euro et des DP3, pourtant peu suspectes d’élitisme. C’est donc bien un basculement d’heures statutaires et réglementaires sur un volume d’heures complémentaires qui crée l’illusion temporaire d’un maintien des moyens à effectif constant. Qu’en sera-t-il après 2017 ?
Les commissions permanentes et conseils d’administration en cours dans les collèges du Nord confirment ce que nous disons depuis plusieurs mois. La réforme crée de nouvelles inégalités de par le principe d’autonomie et le volume des dotations complémentaires. Des chefs d’établissements rétablissent en effet, sous des appellations variées et en toute opacité, les dispositifs supprimés pendant que d’autres refusent de créer les groupes de LV2 suffisants et regroupent des élèves débutants avec des élèves « exbilangues » déjà aguerris. Alors que la suppression des sections bilangues affecte déjà profondément les enseignants d’allemand du département, ceux-ci vont se retrouver maintenant en première ligne pour les compléments de service ou les suppressions de postes alors que d’autres choix sont possibles dans les établissements, alors que d’autres choix étaient possibles dans l’académie puisque nous savons aujourd’hui que des académies maintiennent l’ensemble des classes bilangues. Cela ne sera pas sans conséquence sur les conditions et le climat de travail dans les établissements. Cela ne sera pas sans conséquence sur les choix des familles qui se laisseront séduire de plus en plus par des établissements privés dont le rappel à ses obligations contractuelles par le Recteur semble peu efficient.
Le 26 janvier dernier, à l’appel de quatre organisations syndicales, les enseignants du primaire et secondaire étaient dans la rue pour manifester leur mécontentement devant les choix du gouvernement. A l’occasion de la tenue de ce CDEN, la FSU rappelle que l’école de demain ne pourra pas se contenter de la mise en œuvre d’une idéologie consistant à inclure l’éducation dans un système soumis au libéralisme excluant les plus démunis. L’école, et particulièrement dans le département du Nord, a besoin qu’un véritable traitement égalitaire de toutes les couches de la population ne soit pas subordonné à des choix consistant à déshabiller Paul pour habiller Jacques. C’est d’une politique ambitieuse dont a besoin le système éducatif Français ; c’est de la reconnaissance qui leur est due dont ont besoin les agents de la Fonction publique.

Enfin, nous avons à l’occasion de ce CDEN, une pensée pour notre collègue d’allemand qui nous a quittés la semaine dernière. Nous saluons sa mémoire et adressons nos sincères condoléances à sa famille, ses amis, collègues et élèves.