10 mars 2019

Réforme du bac et du lycée

Le choix des spécialités en 1re : la sélection dans la logique Parcoursup !

Lors du CAEN du 25 février 2019, le SNES-FSU et la FSU ont interpellé la rectrice sur les modalités de passage des élèves de 2nd en classe de 1re générale. Comment les élèves pourront-ils suivre les enseignements de spécialités de leur choix si les places sont insuffisantes ou si la spécialité n’existe pas dans l’établissement ? Certains établissements ont déjà communiqué auprès des familles que les spécialités ouvriraient à la condition qu’il y ait au moins 15 élèves qui la demandent. La rectrice a repris le discours du ministre qui se veut rassurant : toutes les spécialités devraient être ouvertes ; ce choix de spécialités sera arrêté par les élèves et les familles au cours d’un dialogue progressif avec l’équipe éducative pour répondre à leurs aspirations.
LA FCPE a insisté pour savoir qui décidera : les élèves et leurs familles ou les enseignants ou la direction du lycée en cas d’impossibilité ? Pour la rectrice, il s’agit de prérogatives des élèves et de leurs familles qui seront tranchées en dernier lieu au sein d’un dialogue avec les équipes éducatives.

L’affichage de liberté de choix de son parcours scolaire se trouve rapidement confronté à la réalité du terrain, ce que la Dgesco (direction générale de l’enseignement scolaire) ne semble pas ignorer dans sa note de cadrage. Elle donne tous les outils pour le tri des élèves et érige la sélection comme un mode de fonctionnement.

1) Priorité aux élèves de l’établissement
« Les élèves qui choisissent leurs enseignements de spécialités parmi ceux proposés dans leur établissement sont prioritaires. Ce n’est que si des places subsistent qu’elles pourront être proposées à des élèves d’autres établissements ». Beaucoup d’élèves n’auront pas accès aux spécialités de leur choix.

2) Les cas exceptionnels généralisés ...
La Dgesco insiste sur des situations exceptionnelles. Dans les faits, ces situations vont se développer et devenir une réalité pour de nombreux élèves. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance de la note de la Dgesco qui définit les cas « exceptionnels » :
- « Si la composition des choix n’est pas possible compte tenu des contraintes d’organisation de l’établissement  » : le gouvernement refuse la recréation des triplettes et préfère leur imposer la spécialité qui entrera dans leur emploi du temps.
- «  Si la capacité d’accueil est atteinte dans un enseignement et qu’il n’est plus possible d’ouvrir un groupe supplémentaire » : dans les établissements, en raison des dotations exsangues basées sur des multiples de 35 élèves, on obligera les élèves à remplir les spécialités non saturées.
- « Si un des enseignements demandés n’est pas proposé dans l’établissement ». L’affichage du « tout est possible » se heurte au choix contraint, dans un établissement limité en termes de moyens de fonctionnement, selon la taille de l’établissement et sa domiciliation : en moyenne, les lycées lillois ou arrageois proposent 9 ou 10 spécialités quand les lycées isolés en proposent 7. Quelle égalité de traitement des élèves par rapport au service public d’Éducation ?

3) Si l’élève n’obtient pas ses choix de spécialités, quelle solution alternative ?
Aucune satisfaisante ! »
L’élève choisit selon les spécialités restantes car on lui proposera :
- « un autre enseignement de spécialité offert dans l’établissement parmi les 4 souhaits qu’ils ont formulés au 2e trimestre ;
- « un autre enseignement de spécialité correspondant à son choix dans un lycée voisin » ( S’il a de la place ...)
- « un enseignement proposé par le CNED »
- « un autre enseignement de l’établissement qui ne figurait pas dans les 4 souhaits des élèves du 2e trimestre. »

4) Les critères de sélection
En cas de manque de place, le conseil de classe et les notes décideront. Mais en réalité, les conseils de classe seront tous terminés lorsqu’on s’apercevra qu’il manque de place. Les choix se feront donc par la direction et selon l’influence des parents.
« Les élèves sont départagés selon les recommandations du conseil de classe et les notes de l’élève en lien avec les enseignement de spécialité demandés. Lorsqu’une décision de refus est opposée à l’élève, elle doit être motivée sur la base de ces critères ».

5) Un élève pourra-t-il changer d’établissement ?
En dehors de quelques cas particuliers, non !
« Les demandes de changement d’établissement pour suivre un enseignement de spécialité non dispensé dans l’établissement de scolarité sont examinées dans le cadre d’une commission départementale présidée par le IA-DASEN  », l’inspecteur d’académie… « en fonction des places disponibles après les élèves scolarisés dans l’établissement ».

De façon plus générale, les mêmes dispositifs de sélection s’appliqueront pour les enseignements optionnels de 2nd quand les établissements n’auront pas suffisamment de place.

Le SNES-FSU dénonce la réforme du lycée et exige son retrait. Elle va renforcer les inégalités sociales laissant de côté les élèves les plus fragiles. Dans la droite ligne de Parcoursup, la sélection est imposée aux personnels et aux élèves qui seront traités différemment selon leur lieu de résidence ou selon leurs résultats scolaires.

Le SNES-FSU dénonce la remise en cause du choix de poursuivre les études souhaitées dans le cadre d’un projet de vie et de formation de chaque jeune citoyen. La liberté vantée par le gouvernement n’est qu’un discours et ces mesures accentuent la défiance en l’école. Le ministre transforme l’ Éducation nationale, la rendant plus injuste et éloignée de l’ambition d’un service public de qualité au service de tous les citoyens.