15 février 2004

Le SNES dans l’Académie

Circulaire de rentrée 2004 : les IDD au service de la déréglementation

Jeudi 5 février est parue au BO (encart au n°6 du 5 février 2004 ;
http://www.education.gouv.fr/bo/200...) la circulaire de rentrée 2004, texte qui est censé refléter les priorités ministérielles et indiquer comment elles doivent être déclinées dans les établissements.

L’analyse du sort réservé au dispositif « itinéraires de découverte » permet de mettre au jour la conception régressive du collège qui est celle du Ministère :

"[...] dans le second degré, les textes réglementaires précisent déjà de nombreuses possibilités de souplesse horaire (enseignements dispensés en classe entière ou en groupes allégés par exemple). Les établissements peuvent utiliser de manière différenciée les moyens horaires qui leur sont alloués. Ainsi est-il déjà possible, à partir de l’analyse des besoins des élèves, d’organiser, par exemple, des rapprochements entre les TPE et l’ECJS en terminale, de substituer aux IDD d’autres modalités d’aide aux élèves en considérant que les moyens dévolus aux IDD sont mis à la disposition des équipes pédagogiques pour l’usage qui leur semblera le plus utile aux élèves."

1) Caractère facultatif intervient dans un contexte de réduction sans précédents du nombre d’enseignants dans l’académie de Lille.

Depuis leur mise en place à la rentrée 2003, les moyens horaires ne permettaient pas, contrairement à ce qui était prévu à l’origine, d’organiser les IDD dans le cadre de groupes allégés. C’est d’ailleurs l’une des raisons du rejet du dispositif par les collègues, convaincus qu’il ne permet pas l’acquisition des savoirs, et d’aider efficacement les élèves en difficulté.

Les suppressions drastiques de postes prévues pour 2004-2005 éliminent toute possibilité de travailler en petits groupes, dans le cadre des IDD, mais aussi plus généralement au collège et au lycée (menaces sur les modules, les options, l’enseignement des langues), et amèneront, dès cette année, des établissements à supprimer les dispositifs interdisciplinaires. Dans ce contexte, il paraît bien hypocrite de proposer de remplacer les IDD par « d’autres modalités d’aide au élèves », dans la mesure où certains collèges n’auront plus les moyens de les mettre en place.
Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les textes officiels ont évolué, assouplissant les modalités d’organisation, avant de permettre de ne pas les organiser : en fait, cette remise en cause progressive (mais néanmoins rapide) du dispositif va de pair avec l’abandon du caractère prioritaire du budget de l’Education Nationale.

Bref historique
* Septembre 2002

Les IDD, rendus obligatoires (pour les élèves) par la réforme Lang, sont mis en place en cinquième (http://www.education.gouv.fr/botext...).
Le plus souvent au détriment des horaires disciplinaires, « à moyens constants
 ».

* Mars 2003

Parution au BO de la circulaire de rentrée 2003 (http://www.education.gouv.fr/bo/200...), la première rédigée sous le ministère Ferry : l’organisation dans le cadre du groupe-classe, en lieu et place des regroupements d’élèves, est autorisée ; l’esprit du dispositif (« choix » des élèves) est remis en cause ; mieux : il n’est plus question du "brevet d’études fondamentales" (sorte d’épreuve anticipée du futur nouveau brevet), auquel devait conduire l’évaluation des IDD. Les IDD perdent leur finalité, et l’on peut déjà douter de leur pérennisation à moyen terme.

* Septembre 2003</font

- Les IDD débarquent en 4e, sans qu’aucun bilan n’ait été fait par le Ministère.

- Le 1er septembre, la conférence de rentrée de L. Ferry souligne pourtant qu’« institués sans prise en compte suffisante du contexte ou de façon trop rigide et systématique, [ils] ne permettent pas d’atteindre les résultats escomptés » (http://www.education.gouv.fr/actu/e...)

>* 5 novembre 2003

- Vote du budget de l’Education Nationale ; il débouche notamment sur la suppression de 2550 postes d’enseignants. L’académie de Lille paiera le tribut le plus lourd.

- Quelques jours plus tard est lancé le « Grand Débat » national sur l’Ecole : l’interdisciplinarité n’apparaît dans aucun des intitulés des 22 fiches proposées. Tout juste peut-on lire : « Les Itinéraires de découvertes, les Travaux personnels encadrés, les Projets pluridisciplinaires à caractère professionnel, et d’une manière générale, la recherche documentaire, permettent-ils aux collégiens et aux lycéens de travailler mieux et davantage ? » (fiche 8, http://www.debatnational.education....) .
Pour la Commission Thélot, poser la question, c’est déjà y répondre …

>* Janvier 2004

- Les collèges reçoivent leur dotation pour la rentrée 2004 ; les IDD, là où ils sont maintenus, servent plus que jamais à gérer la pénurie …

- Parution au BO de la circulaire de rentrée 2004 (http://www.education.gouv.fr/bo/200...)

2)… Au nom de la sacro-sainte autonomie des établissements.

Le recul de l’Institution, parallèle à la réduction des moyens, doit donc tempérer notre satisfaction quant à la fin du caractère obligatoire des itinéraires de découverte.

- Parce que l’annonce officielle de leur caractère facultatif à la rentrée 2004 se fait sous couvert de la trop fameuse « autonomie des établissements », corollaire local de la décentralisation pourtant massivement rejetée par les collègues au printemps 2003.

- Parce que dans cette période d’attaques tous azimuts contre l’Ecole, le dispositif Itinéraires De Découverte révèle plus que jamais sa véritable nature sur le terrain : une variable d’ajustement dans la répartition de services d’enseignement (TRMD), qui permet de gérer la pénurie de moyens. Derrière les vocables récurrents (« souplesse horaire » ; utilisation « différenciée » des moyens, etc.) laissant penser que les collègues peuvent effectuer des choix, que des travails en petits groupes sont possibles, se généralise la gestion comptable des heures d’enseignement, qui se substitue à la prise en compte des nécessités pédagogiques.

- Parce ce que la « souplesse horaire » de l’interdisciplinarité qu’on nous vante est opposée à la prétendue « rigidité » des horaires disciplinaires : effarant en effet de ne pouvoir confier à un certifié de mathématiques autre chose … Que des heures de mathématiques (!), alors que qu’une heure d’IDD peut être confiée à n’importe quel collègue, en fonction des contraintes financières.
En réalité, il n’y a pas de "souplesse", parce les IDD peuvent ne pas être faits en fonction du désir des collègues, mais en fonction du potentiel qui reste aux établissements quand les horaires obligatoires ont été octroyés ...

3) La position du SNES.

Dans ces conditions, et au moment même ou les conseils d’administration ont à donner leur avis sur la répartition des moyens, il est essentiel d’agir collectivement pour que soient dénoncées les suppressions de postes dans l’académie (590 …), qui annoncent d’ores et déjà une nouvelle saignée, qui risque d’amener la suppression des heures effectuées en IDD, et de rendre optionnels en troisième les enseignements artistiques, la LV2 et la technologie …

Rappelons donc que le Snes demande la suppression pure et simple des IDD (mandat du congrès de Toulouse, 2003), mais avec restitution des horaires amputés aux disciplines : on peut demander des moyens en plus de ceux nécessaires aux disciplines pour mettre en place d’autres dispositifs (interdisciplinaires ou autres) mais les disciplines d’abord ...

A nous de lutter en CA pour obtenir l’application de ce mandat.